Anne-Marie Soulcié expose à l’Espace Culturel Jean Jaurès à Vauvert du 9 février au 29 mars

Acte 1 Petite, Anne-Marie Soulcié dormait dans une peinture. En fait, pour l’empêcher de se lever la nuit, on disposait tout à côté de son lit, un pare-cheminée peint de quelques scènes campagnardes et laborieuses où l’imagination de l’enfant cheminait déjà. Contrainte d’un côté, essor de l’imaginaire de l’autre.

Acte 2 : Un visage de la vierge, qui d’ailleurs n’en était pas une, vu de profil depuis le lit d’enfant, fascinait alors la petite Anne-Marie. Il s’agissait en fait de la reproduction d’un tableau de Jean-Jacques Henner, Fabiola ou Elle attend. L’attente : une formidable clé pour aborder son œuvre.

Acte 3 : A Béziers, la maison natale était, semble-t-il, une ancienne école fondée au 17ème par Mme de Maintenon, écho provincial à la prestigieuse St Cyr. Un profil de Louis 14 en terre cuite fascine alors l’enfant. La récurrence des profils : une autre bonne clé.

Acte 4 : Le grand père possédait une distillerie et amenait souvent avec lui l’enfant dans les caves. La récompense était une craie, que l’enfant conservait précieusement dans ses poches. Ce n’est que bien plus tard qu’Anne-Marie Soulcié s’exerçait au pastel, craie grasse aux vertus graphiques exceptionnelles.

Acte 5 : Une maladie respiratoire suscite de vives inquiétudes. La grand-mère conseille de prendre une photo de l’enfant dès fois que… On met des journaux sous les vêtements tant on craint les rechutes pour cet enfant fragile. Les vêtements : qui ne voit leur importance dans les tableaux présentés à Vauvert ?

Imaginaire, Attente, Profils, Pastels, Vêtements : J’aurais pu leur adjoindre les images terribles, les livres gravés, le goût pour le fantastique… Ces cinq détails fournissent quelques clés, à même de nous ouvrir les portes de l’univers de l’artiste.(La suite de ce texte à lire dans L’art-vues février.

Lecture le vendredi 9 février à 19 h, sur les lieux de l’exposition).… Les tenues vestimentaires. On pourra certes les associer à un exotisme de rigueur mais elles s’avèrent surtout tissées à l’image du corps contraint par les camisoles de la raison, des inhibitions et des soumissions de tous ordres. On notera à cet égard la présence d’un fond géométrique qui enclot les personnages dans ces limbes, cet état transitoire à partir duquel ils aspirent à un ailleurs meilleur. Les regards que les personnages jettent vers l’extérieur marquent leur désir de se libérer de toutes les règles, des codes et des normes. Les mains désignent les actions qu’elles aspireraient à accomplir. Les formats sont discrets car il ne s’agit pas pour Anne-Marie Soulcié d’imposer un point de vue mais seulement de suggérer, le plus discrètement possible. L’artiste travaille dans la marge, non sous les feux des médias. Certaines compositions paraissent esquisser une scène théâtrale, un déguisement, une vie de famille. On entre ainsi dans une sorte d’intimité avec son œuvre, laquelle d’ailleurs ne recourt qu’à quelques personnages, et quelques ébauches d’objets ou de paysage. Quant aux amorces d’écriture, j’aurais tendance à les associer aux paroles qu’elles inspirent et qui permettent un début de communication entre le regardeur et le tableau, façon comme une autre de s’y retrouver et d’y retrouver l’autre, primitif et originel, quitte à se projeter avec lui vers un avenir qui ne renie point les vertus du passé à même de nous enrichir l’esprit et de nous débrider le corps. Onirisme, magie, Imaginaire : ne peut-on parler dès lors de poésie ? Mes derniers mots quitteront l’analyse pour à mon tour regarder cette œuvre avec d’autres yeux. Ce poème, ici incomplet, et à peine retouché, avait été écrit sur un éventail d’Anne-Marie Soulcié, exposé au Musée de Béziers, sa ville natale… Il répond aux poèmes de Mallarmé sur le même motif :
Le sable du présent sur la joue des errances
Grave les plis amers du silence à venir
Les regards se font chair si s’enflent les zéphyrs
La main tend ses secrets au souffle de l’enfance
Les têtes se figeaient pour une étrange attente
Les nomades passaient qui glanaient leur été
Mais pour quel orient ces visages tournés
Vers l’unité perdue du roc et de la plante

BTN

Du 9 février au 29 mars à l’Espace Jean Jaurès, Place du Dr Arnoux, à Vauvert

 

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