« Mécanisme d’aurores pour horloge crépusculaire »

Avant une fermeture temporaire pour quelques travaux, le carré Saint-Anne termine en beauté en mettant à l’honneur un jeune artiste local issu du Street Art. Lors de la visite guidée, Gérard Milési, lumineux comme à son habitude, nous présente avec passion l’œuvre et le parcours de Al dont l’autodidacte coup de pinceau est à la hauteur des convictions, et des plafonds de Saint-Anne.

Tout juste trentenaire, il s’est fait remarqué depuis quelques années pour ses collages urbains confrontant le regard de l’enfance, dénué de culpabilité, à celui du passant dont le pucelage de la conscience n’est qu’un souvenir altéré. Il nous entraîne dans un combat contre la montre où la virginité dans la responsabilité sociale est utopique une fois sortis dans la rue. Au dessus de la tête de l’enfant : un mobile, au kérosène. Un mobile mais pas d’alibi. Dans ses yeux le reflet d’une société cyberstructurée aux écrans aliénants qui connectent l’humain à son propre fléau : lui même. Douze monumentales toiles et deux fresques murales autour d’un mécanisme d’horlogerie déclenchant la ronde de quatre femmes, suspendues, témoins du gaspillage du temps qui passe, du temps qu’il reste.

Aveuglés par la pendule… Peut-on réellement être à l’heure dans un monde chronométré ? L’exposition, réglée comme une boite à musique, nous enferme dans une boite à silence. L’enfant grandissant perd son innocence, il alimente son impuissance. Aliéné par ses fantasmes digitaux, l’homme se lance dans le compte à rebours sans jamais remonter la mécanique de la pensée. Pressé, il s’y prend mal pour faire le bien, ainsi faisant très bien le mal. « We only got four minutes to save the world », chantait Madonna avec Justin Timberlake…Et s’il ne restait vraiment que quatre minutes, pourquoi ne pas les employer à se repentir, et retrouver sa dignité ! La, peut-être, le monde commencerait-il enfin à être sauvé…
NC.

Jusqu’au 19 novembre au Carré Saint-Anne à Montpellier. Tel : 04 67 60 82 11. www.montpellier.fr