On est tous très heureux d’apprendre que Clémence Boisanté ouvre une nouvelle galerie en coeur de ville, quelque part entre La Panacée, Sainte-Anne et le nouveau Musée d’Art Contemporain. Vincent Corpet n’est guère un inconnu, lui qui s’est fait connaître dans les années 80 avec ses nus hiératiques et intransigeants.

Il a la particularité de travailler ses toiles au sol, de sorte qu’il découvre le résultat avec le redressement mural, sachant qu’il est très marqué par les dessins pariétaux et les grands maîtres de la fresque. En fait, on peut parler de « work in progress » ou d’un puzzle pictural dont il inventerait au fur et à mesure les pièces qui finissent par se constituer en cohérence et unité.

Et puis, Corpet – et de ce point de vue la position horizontale, plus enfantine, n’est pas innocente – fait partie de ces artistes qui creusent nos rapports au texte et à l’image, car nous avons, par l’acquisition du langage, perdu un peu de notre perception du monde, en particulier par le biais des images. Ainsi quelque chose nous échappe du tableau fini si nous persistons à l’aborder du point de vue verbal mais quelque chose se révèle si nous nous efforçons de l’appréhender avec le regard de l’enfant.

En ce sens, on peut dire que la peinture de Vincent Corpet vise à nous rincer sinon l’oeil, du moins le regard de tous les parasites linguistiques qui nous le déforment. Et l’on peut dire que sa façon de revisiter la peinture et les grands maîtres, Michel Ange, Rubens, Ingres, Picasso… a pour but de nous en faire percevoir une vision neuve, moins rationnelle, moins codifiée et qui relève davantage de l’enfance, y compris de l’art. D’où la référence permanente à l’animal dont l’enfant est si proche.

Sa façon de procéder, qui inclut juxtapositions et superpositions, compossibilité spatiale, peut faire penser au film de Clouzot construisant au fur et à mesure un tableau de Picasso sauf que ce dernier ne s’imposait guère de limites. Aurélie Piau qui lui succèdera avec Thibaut Franc est également très proche de l’enfance mais ces toiles sont plus épurées, davantage graphique misant plus sur la transparence. Le propos figural est beaucoup plus explicite pourtant.

Quant à Thibaut Franc il aime les assemblages rutilants d’objets, ce qui ne lui interdit pas d’interroger la peinture, non sans une certaine provocation parfois. Lui aussi vise à la dépoussiérer en la rendant plus actuelle et attractive. Ces deux-là offriront leur conception de La vie sauvage.

BTN

Jusqu’au 22 octobre pour Corpet. Du 8 au 23 novembre pour Franc et Piau. Galerie Boisanté – 10, Bd Ledru Rollin à Montpellier (34). Tél. 04 99 61 75 67.