Ce couple d’islandais (même si Woody est d’origine tchèque) prouve que cette île a contribué de façon décisive à la culture européenne. Stars mondiales incontestées de l’art vidéo, ils n’avaient été que peu montrés du côté de chez nous, c’est donc une chance que l’association Le LAIT présente certaines de leurs réalisations, cet été, aux Moulins Albigeois.

En fait, les deux artistes sont des pionniers du médium informatiqueet de la production d’images générées électroniquement. Ainsi pourra-t-on découvrir quelques-unes de leurs pièces essentielles : Noisefields, où un cercle de couleurs évolutives vibre et bat, affolé, au cœur d’un nuage électronique, sous l’effet d’un son à la fois strident, pour la figure centrale, et grave pour la périphérie plus stable. « Sound size » relève un peu de la même expérience avec un jeu géométrique de points brillants, soutenus par un son répétitif hypnotique. « Voice windows » déroule une sorte de portée musicale incrustée réagissant aux modulations vocales d’une chanteuse prolixe.

La deuxième partie poursuit l’expérience dans une rue bien réelle en arrière-plan. Comme on le voit le matériau favorise de multiples expérimentations, qui n’ont pas perdu grand-chose de leur impact visuel qu’elles ont contribué à faire connaître : « Explanation » de Woody, où une mire est modelée jusqu’à la platitude, toujours avec un son plus planant tendant vers l’aigu.

La spectaculaire installation tout en écrans courbes des Pyroglyphes, de Steina, forme une incroyable plongée dans l’univers d’une forge, avec usage systématique du gros plan de combustions, évoquant des paysages fantastiques, soutenus un souffle continu. « Tokyo Four » est un quatuor audio-visuel d’une remarquable efficacité. Plus récemment, la collaboration avec le collectif Sliders_lab a permis la modélisation numérique du fameux « Lucifer commission », étendant ou étirant l’image de façon à mieux impliquer le visiteur. Celui-ci est d’ailleurs soumis à une expérience interactive dès le début de l’expo, avec son corps déformé pour enjeu immédiat. Comme si l’on capturait son apparence pour la livrer aux bourreaux de l’expérimentation. On est bien dans un autre monde.

BTN

Jusqu’au 23 octobre, Moulins albigeois
41, rue Porta à Albi. Tél. 05 63 38 35 91.