C’est à deux conceptions du collage que nous convie Samira Cambie. Sous forme d’étranges reliquaires à ouvrir dans une boîte à pizza pour Quim Domene, d’ardoises d’écoliers, de planches de skate et surtout de cartes postales découpées chez Yves Reynier.

Le collage, en tant qu’il permet d’inouïes associations d’idées ou de formes, est l’une des principales innovations du 20ème siècle, dont sont héritiers le zapping audio-visuel, le montage ciné-vidéographique et bon nombre de réalisations picturales ou photographiques. Domene le conçoit sur des supports plutôt intimistes et relevant d’une exploration autant manuelle que visuelle, respectant la forme générale du tableau. Le pré-texte, dans la série présentée, « Entre le bruit et le calme » (qui détone par rapport à Faulkner ou Shakespeare), est toujours la couverture ouverte d’un livre dont l’intérieur n’est pas révélé.

Au contraire, on a l’impression que l’artiste s’est mis à rêver à un contenu qui, au lieu de s’appréhender au fil et dans l’épaisseur des pages, s’additionne à la surface de l’oeuvre. Marquant du même coup la différence essentielle entre littérature et arts plastiques : l’une se développe dans le temps, l’autre dans l’espace.

La peinture d’ailleurs marque bien ses droits dans les coulures et gestes qui viennent perturber un ordonnancement régulier. Les tonalités enfin ont quelque chose de mélancolique. Yves Reynier ne peut concevoir ses collages sans imaginer la relation qu’ils vont entretenir avec le mur qui les supportera. Il s’agit de cartes postales de certains pays visités ou avec lesquels l’artiste est en profonde unité, intellectuelle et sensible. Elles sont choisies et découpées pour leur couleur certes mais aussi pour leur contenu culturel et la manière dont elles déclinent l’image. Combinées à plat sur le mur, elles forment d’inédites propositions astrales qui semblent se dessiner par affinités électives. Associées, elles configurent des constellations dont la forme échappe aux codes habituels du tableau.

Ainsi, chaque collage invente une nouvelle forme qui s’émancipe de la géométrie habituelle. Le regard se focalise sur une proposition, concentré de détails dont l’esprit peut reconstituer le prolongement. De plus, toute épaisseur a disparu un peu comme dans les toiles libres. Le support est laissé à sa propre platitude, issue de la banalité du réel, mais rehaussé par sa verticalité murale qui participe à sa transfiguration. Avec les ardoises d’écolier, encadrées de bois, Reynier tourne en dérision la forme tableau. Quelques images, parfois des timbres, lui suffisent à suggérer un univers. Le monde selon lui tient dans la main. On est dans le champ du modeste même s’il peut couvrir un espace gigantesque, à l’instar du firmament nocturne. C’est pourquoi la métaphore stellaire semble pertinente quand on parle de Reynier, qui règne en effet sur la cosmogonie, au fond portative, qu’il a su se créer.

Enfin il recourt aussi au tailloir qui accompagne souvent le graal et a quelque chose d’anthropomorphe. Et au skate dont il fige le mouvement, à l’instar d’une photo. Ajoutons- y ses belles aquarelles. Je n’ai que trois mots à dire : ça colle bien.

BTN

Jusqu’au 16 octobre pour Domene, du 18 novembre au 18 décembre pour Reynier à la Galerie Samira Cambie – 16, rue Saint-Firmin à Montpellier (34). Tél. 04 99 65 46 74.