Il n’est pas donné à chacun de nous d’avoir la possibilité de réaliser ses rêves. Surtout s’il s’agit de rêves en couleurs. C’est pourtant ce qu’a réussi le nîmois Pascal Fancony en dialoguant avec les vitraux de la grande artiste Aurélie Nemours, en l’église romande de Salagon, tout près de Forcalquier, dans ses régions solaires où Giono entendait s’élever le chant du monde.

Pascal Fancony a ainsi conçu une installation qui réponde au rouge puissant, et surtout permanent, à l’instar de ce soleil monotone dont parle quelque part Baudelaire, magie du verre oblige. Le vitrail contient la couleur, fait corps avec elle et se laisse pénétrer par la lumière. Ainsi le rouge peut-il habiter l’église et donner l’impression qu’un peu d’illumination solaire vient éclairer ce lieu d’ombre et d’humilité : les âmes ont toujours besoin de se sentir éclairées. Fancony a organisé son exposition selon sept attaques différentes, témoignant de toutes les potentialités qui s’offrent à l’artiste à partir de ses deux couleurs de base : le rouge, naturellement mais aussi son contraire, le bleu : une échelle par ex, déclinant les 82 tons qui vont de l’une à l’autre, en recourant à la fameuse suite mathématique de Fibonacci.

Ainsi la couleur dégringole-t-elle sous l’un des six vitraux, du mur au sol, et par là même de la lumière vers l’ombre. On peut certes interpréter cette réalisation de manière cosmique ou métaphysique. En fait, à l’instar de son illustre ainée, Fancony limite volontairement sa production à l’exploration de la couleur, mais il en varie les supports (panneaux verticaux, modules carrés, néons…), les techniques (résine, laque, acrylique), les figures internes (trapèze, marques au sol, lignes internes) tout en tenant compte de la spécificité du lieu. Ici un espace de sérénité et de méditation. La couleur, en ce qu’elle a d’impalpable et de transparent, s’adapte bien à cette expérience spirituelle, rendue possible, ou concrète, aux moyens des supports tangibles.

Le recours à la mathématique, dans ce qu’elle a d’abstrait et de pur, concourt encore à cette dimension mystique. Ailleurs, la déclinaison, en 7 panneaux monochromes, se fait du bleu au violet sachant que ce dernier est fait justement de l’adjonction des deux couleurs primaires. C’est comme si l’artiste s’appropriait discrètement la couleur des vitraux et mêlait l’ombre à la lumière, l’humanité à la divinité, la terre au ciel. Les néons confirment cette appropriation puisque deux bleus encadrent un rouge. Les peintures combinent des modules rouges ou bleus présentés en damier et assemblés par une trame jaune, qui vient compléter le spectre lumineux, comme un trait d’union censé concilier les contraires. Un trapèze rouge sur bleu vient aussi animer la surface comme pour rappeler que la lumière naît de l’ombre et que l’une ne peut se concevoir sans l’autre.

La conjonction, la communion pourrait-on dire, peut s’effectuer également, dans de petites peintures carrées (symbole de perfection terrestre), en mêlant les deux couleurs de base pour obtenir une espèce de marron qui nous ramène à l’entre-deux, la réalité. De la lumière émane la couleur, c’est peut-être là le vrai miracle. On peut le décliner à l’infini. D’autres surprises nous attendent, avec un principe simple pourtant à la base. C’est le titre qui nous y convie. Juste la couleur.

BTN

Jusqu’au 30 novembre au Prieuré de Salagon à Mane (04). Tél. 04 92 45 70 50.