A partir du 17 octobre, et jusqu’au 31 janvier 2021, le Centre d’art contemporain Walter Benjamin à Perpignan accueille l’artiste américain Danielle Ried. Painting with air rassemble une quarantaine d’oeuvres de cette jeune peintre qui utilise la peinture en l’apposant sur la toile ou bien en la transformant en matériau brut. 

Les habitués de MRAC ont sans doute remarqué, parmi les Collections permanentes, une œuvre picturale qui tranche par sa singularité. Elle est formée de résidus et croutes de couleurs, récupérées dans des ateliers du monde entier, collées au mur de telle sorte que celui-ci joue à plein son rôle de support et se déployant en lignes incurvées, non sans reliefs et forcément avec couleurs. On peut y voir un dépassement et un rabattement du geste du champien vers la peinture, puisque la récupération de ces gouttes plus ou moins épaisses peut être considérée comme du ready-made mais d’une qualité particulière car émanant de travaux picturaux d’artistes – et non d’un simple détournement d’objet manufacturé.

Cette œuvre était signée par l’américaine Danielle Ried dont on pourra voir un ensemble d’œuvres à Perpignan. La torsion ou le mouvement de rotation que Danielle Ried fait subir à ces sortes de bas reliefs hauts en couleur se retrouve dans ses toiles, pour lesquelles le corps joue un grand rôle. En fait, il semble que cette artiste a retenu la leçon de l’action painting des années 50 et 60, sans doute aussi des peintres du all over et du color-field. Son originalité tient d’une part à ce qu’elle a carrément singularisé et remodelé leur pratique à la lumière de son activité de danseuse, la deuxième que sa façon particulière de reconduire indéfiniment les limites du tableau peut rappeler la pratique minimale du premier Franck Stella mais assouplie, démultipliée, baroque et sans le rejet de la couleur. Duchamp, l’action painting, Franck Stella… on voit combien la peinture de Danielle Ried prend l’histoire à bras le corps avant de la faire sienne.

Entre allusion figurative, symbolisme abstrait et abstraction pure

On peut aller plus loin : si ses peintures peuvent rappeler les merveilles de l’univers minéral pour peu que l’on s’évertue à le regarder par la tranche, ou même les divers âges d’un tronc d’arbre débité, elles peuvent tout aussi bien renvoyer à la vie trépidante de grandes villes mais qui en seraient plus soumises au diktat de l’angle droit. L’aboutissement de ses stratifications dégage d’ailleurs une forme ultime, vers le centre du tableau et qui ne serait pas dénuée d’allusions sexuelles.

Le langage pictural de Danielle Riede évolue donc quelque part entre allusion figurative, symbolisme abstrait et abstraction pure, confirmant les intuitions de Michel Butor à propos des rapports des derniers tableaux de Mondrian avec la ville de New York ou ceux de Rothko avec le besoin de recueillement et de silence dans cette même ville, incarnation de la ville en mouvement. Toujours est-il que dans sa recherche d’un langage commun, l’art de Riede se veut universel, citoyen du monde et non d’une seule nation, d’une seule communauté, arc-boutée sur ses valeurs égoïstes et trop souvent expansionnistes ou impérialistes. Les artistes ont la bougeotte. C’est là leur moindre défaut. Mais ils ont aussi souvent la préscience de notre avenir. Chez Danielle Riede il commence dans l’atelier des autres et sur la toile…

BTN

Plus d’informations : mairie-perpignan.fr

Crédit photo : GOS, huile sur toile, 76 x 51 cm, 2016. Painting with air. Photo © Jean-Paul Plachon.