Une rentrée très contrastée chez Al/ma puisque les deux invités sont parfaitement antithétiques. Mehdi Moutashar est d’origine orientale et, par là même, enclin à redéfinir ses références, notamment relatives à l’art calligraphique, à la lumière de son occident adoptif, histoire de prouver que l’on peut, sur le plan artistique du moins, concilier les supposés contraires. D’autre part, il se sent davantage à l’aise dans l’abstraction géométrique plutôt que dans la figure.

Chez Al/ma, il propose des installations murales conçues à partir de quelques élastiques tendus et de parties métalliques peintes. Le résultat est d’autant plus étonnant que le résultat propose des jeux visuels multiples. Nos repères spatiaux sont bouleversés et nous avons du mal à distinguer le plan du volume, le vrai plein du faux délié ou vice-versa. Le carré reste souvent la base à partir de laquelle évoluent les tensions et jeux de lignes, de sorte qu’on ne sait plus si l’on a affaire à un dessin relevant des logos les plus actuels ou de la déclinaison géométrique d’une base calligraphique. C’est dire si Mehdi Boutashar brouille les cartes et si son minimalisme est tout sauf radical et introverti : plutôt ludique et ouvert. Et ceci avec les seules armes du pli et des angles, des rapports de tension et de décalage.

Vanessa Notley concocte depuis plusieurs années des sculptures métalliques souvent très drôles (ces silhouettes de femmes, compactes, qui auraient perdu leur chatte…). Elle revisite les Glaneuses de Courbet, n’hésite pas à orner des autos de parures, ou des chevaux de bonnets, des mains ouvertes de dentelles, toujours avec cet humour et son sens de l’hybride qui nous rappelle ses origines britanniques. Pour Al/ma elle a conçu de curieux « vestibules », à prendre au sens auditif du terme. Il s’agit de plaques d’acier incurvées, dans lesquelles, elle inclut de multiples fils de cuivre entrelacés.

On a ainsi un curieux contraste entre le net et l’ébouriffé, le lisse et l’épais, bref une image en relief faite de deux réalités contradictoires. En même temps, se pose la question de la lisière entre le monde extérieur et intérieur. Que filtre-t-on du monde et que reste-t-il d’un monde passé au crible de nos sens limités et parasités. Comme souvent chez cet artiste le matériau est habillé, ce qui lui donne davantage d’étoffe et de consistance. Les puristes de l’acier se remueront dans leur tombe mais le résultat est visuellement très fort.

Les dessins ne sont pas en reste – un chat ne peut être que botté – qui empruntent souvent au monde animal dans le même esprit de dérision. Ils se donnent à voir sur les oreilles des vestibules, ou interrogent les anciens cornets acoustiques, si encombrants que l’on peut s’interroger sur leur efficacité. On est là au coeur de la recherche de Vanessa Notley sur l’entrave, la difficulté de notre rapport au monde.

Les éditions Méridianes montreront aussi les productions féminines de ces dernières années, parmi lesquelles on distinguera les écrits de nos deux Régine, Detambel et Foloppe, et d’artistes comme Dominique de Beir, Martine Lafon, Anne-Marie Pêcheur…

BTN

Jusqu’au 10 novembre à la Galerie Al/ma – 13, rue Aristide Ollivier à Montpellier (34). Tél. 06 63 27 15 63.