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Montpellier : à l’occasion du WE FRAC, découvrez « Le Mécène et le paon » sur la façade du FRAC OM les 17 et 18 avril

9 Avr 2021 | Arts plastiques, Expos, Musées

Si les lieux voués à l’art sont fermés, rien n’interdit que les œuvres occupent l’espace public le temps d’une promenade essentielle. C’est ce qu’a bien compris Emmanuel Latreille en invitant Fabien Boitard à occuper, de ses œuvres s’entend, la façade et donc l’extérieur des locaux du Frac Occitanie. La pandémie aura eu au moins le mérite de solliciter la faculté d’adaptation, jamais prise en défaut, caractéristique de l’esprit humain. Cette initaitive en témoigne.

Ainsi que l’analyse le directeur du Frac dans son texte de présentation, trois des quatre toiles (deux obturant l’entrée, un peu comme pour une occupation subversive, une dans la niche latérale), traitent, selon la technique figurative de l’artiste héraultais, des puissants du milieu de l’art, ceux que l’on nomme les mécènes, censés faire la pluie et le beau temps, favoriser l’essor des carrières et acheter ceux dont on parle plutôt que ceux qu’il faudrait aider. Les deux premiers, suspendus devant la porte vitrée, sont ainsi des portraits de riches, le premier, je n’ose pas dire larron, dont l’image provient d’une recherche d’anonymes sur le Net (comme quoi la peinture peut s’approprier la technologie la plus actuelle) exhibant ses signes contemporains de puissance ainsi qu’ont pu les exhiber jadis les Ambassadeurs de Holbein. Le second, plus dérangeant (le mauvais larron ?) ayant subi partiellement l’assaut du cutter révélant l’envers du décor, les symboles de la vanité humaine (crânes, têtes de mort), comme pour traduire la négativité de ce que ce puissant-là s’est préalablement envoyé derrière la cravate… Ainsi la peinture de Fabien Boitard se veut-elle engagée. Le capitaliste n’est guère son ami. Lui baiser les mains il n’en est pas question, ni lui lécher les bottes, pas plus que le célébrer en peinture. Boitard ne mange pas de ce peint-là… La troisième œuvre, dans la niche, dévoile le portrait du grand collectionneur Bernard Arnault, selon le même principe iconoclaste. Le portrait en effet est souvent une commande effectuée à la demande de l’acheteur censé se considérer comme suffisamment puissant pour passer à la postérité. On est bien dans la vanité des choses humaines. En l’occurrence, ce n’est point le mécène qui sollicite l’artiste mais ce dernier qui l’interpelle. Il ne s’agit plus de célébrer sur commande mais de démystifier, de dénoncer un mode économique fondé sur la superficialité, comme le dit Emmanuel Latreille, de « démasquer ».

Or il n’y a pas que des mécènes en cette exposition de rue, ouverte aux passants, aux chiens et chats munis de leurs justificatifs de domicile. Dans une autre niche, en demi-cercle au dessus de la porte, viendra se loger un paon, ailes déployées. Un paon sur un pan en quelque sorte. Deux lectures sont possibles selon que l’on aborde l’œuvre d’un point de vue  positif ou négatif. Soit ce qu’incarne et coiffe cet oiseau qui aime à se pavaner, c’est cette fameuse vanité qui surplombe les tableaux de mécènes, et leur déteint un peu dessus – orientant l’interprétation ; soit c’est la peinture, qu’incarne l’oiseau de couleurs, rayonnant de tous ses yeux, qui reprend ses droits et clame sa supériorité : elle est éternelle tandis que les mécènes passent.

Ajoutons que cette expérience menée par Fabien Boitard renouvelle notre vision étroite et caricaturale du street art. Autrement dit d’un art populaire, ce qui ne l’empêche pas d’être ouvert sur le présent, pertinent et profond. À admirer au 4, rue Rambaud les 17 et 18 avril.

BTN

Plus d’informations : frac-om.org

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