L’histoire d’un homme en lutte perpétuelle avec les objets qui l’entourent.
Dans une faible lueur une silhouette tâtonne sans bruit.
Elle tente simplement de mettre en place une table et une chaise pour s’installer face à nous. Mais chaque geste se désagrège en petits accidents. De légers détours insignifiants qui alourdissent chaque tentative de poser ou de prendre. Les objets s’ébouriffent, résistent et grincent. Et le but limpide des gestes se recroqueville. S’écarte et s’atténue. Le sens et les objets tombent en ruine.
Et les nombreux débris de tentatives de simplement mettre cette foutue table s’accumulent et s’entassent démesurément. Accidentant tout.
Au début des années 2000, Camille Boitel, alors à peine la vingtaine et déjà tous les talents (acrobate, jongleur, danseur, bidouilleur de génie) crée un spectacle qui le révèle au grand public : L’homme de Hus écume alors salles et festivals du monde entier, éblouissant et faisant rire aux larmes des milliers de spectateurs de tous âges. Avant que son créateur ne décide soudain de s’en défaire : « Ce spectacle, je m’étais promis de ne plus le jouer, explique Camille, par peur de le trahir, de m’habituer à le jouer, de le faire à moitié. C’est après quelques nuits d’insomnies à le rejouer dans les méandres de ma mémoire, dix ans après, que j’ai pris la décision brusque de le retrouver, sentant qu’il était une nourriture dont j’avais besoin artistiquement. Non pas la reprise d’un vieux spectacle, mais quelques traditions ancestrales, quelques poèmes préhistoriques encore à inventer. »
Aujourd’hui donc L’homme de Hus, improbable feu-follet vêtu d’une primitive robe de bure, revient à la lumière. Car chez Boitel tout rate, tout s’échappe, tout s’esquive ­– objets, éléments, et jusqu’à son propre corps ­– avec une constance et une application telle que ça en devient tout un art. Art du rire bien sûr, comme chez Buster Keaton ou Charlie Chaplin auxquels on pense irrésistiblement, et aussi art de vivre, comme chez Beckett quand il en appelle à la persévérance dans l’échec. Rater mieux ? Oui, pour braver la fatalité des dieux, et lui résister mieux : telle est l’injonction joyeuse d’un simple mortel fermement résolu à ne rien lâcher.
A découvrir les Mercredi 11 et jeudi 12 janvier à 20h45 à l’Estive de Foix
Renseignements : 05.61.05.05.55/accueil@lestive.com/www.lestive.com