Effectivement, le geste d’appliquer de la peinture un support a longtemps préoccupé les artistes majeurs de la scène méridionale française. Autard, Dolla, Gauthier auquel s’ajoute à présent Brantuas. Un plateau de rois.

Noël Dolla pose méticuleusement de la fumée sur la surface du support, Georges Autard griffonne, sur un faux tableau noir des problèmes scolaires de maths, Dominique Gauthier dessine des cercles et contrôle la production de couleurs en délimitant de souples territoires conçus telle une métrique. Quant au nouveau venu, Joris Brantuas, il colle et macule des tissus sur une surface qu’il n’hésite pas à déchirer, froisser, émonder, non sans jouissance festive.

Dolla, Autard, Brantuas, Gauthier, cela fait un joli petit axe qui va de Nice à Nîmes et Montpellier, de la ville du Nouveau Réalisme, à celles de Supports-Surfaces, en effleurant la figuration des années 80, qu’Autard a explorée. Dolla a carrément participé à Supports-Surfaces, avant d’introduire en France le land art. Dominique Gauthier a longtemps découpé la toile libre sur le mur, ou usé de dessins aquarellés, dans la continuité du groupe.

Pourtant, si l’on peut trouver dans la démarche chorégraphique de Brantuas un écho lointain, plus débridé, des expériences les plus kitch de Saytour, mais plus nettement de Schnabel ou du dernier Malaval avec paillettes, on se rend vite compte que Gauthier se réclame davantage à l’origine de Richard Serra, d’Albers ou des grands américains, qu’Autard se réfère volontiers à Bruce Nauman, et sa façon de peindre des tableaux noirs peut se rapprocher des cibles de Jaspers Johns.

Quant à Dolla, il s’est émancipé de l’esprit de système pour se lancer dans une exploration arborescente, riche, foisonnante, et qui en fait l’artiste de l’ancien groupe le plus difficile à cataloguer. Et puis Matisse, les fauve, les pointillistes même, et sans doute audelà, n’ont pas dédaigné cet axe dont nous parlons, et l’ont prolongé jusqu’à Collioure et Céret. Matisse est omniprésent chez les quatre dans le traitement de la surface et de sa planéité. Dolla a peint des points sur des rouleaux de tissu, ou au rouleau, mécaniquement, sur les murs ou les toiles. Les vélos, les lunettes et formules arithmétiques d’Autard affleurent à la surface sans le moindre souci de profondeur (du champ, pourrais-je dire). Ses prosternations ne font qu’enfoncer le clou d’une démarche qui pourrait même remonter jusqu’aux premiers signes pariétaux.

Gauthier fait couler de la matière sur une surface qu’il n’hésite pas à creuser, par soustraction, de réserves colorées ou à compliquer, par addition, d’éléments en relief. La peinture s’y exprime pour ce qu’elle est, dans sa matérialité foncière. C’est le sujet de cette expo, dont l’initiateur, Brantuas, montre avec ses confettis à quel point il est soucieux de conclure un acte qui s’appuie sur la matérialité du support et la réalité du geste. Les trois plus anciens n’ont rien perdu, en tout cas, de leur créativité ni de leur énergie. Quiconque apprécie toujours la Peinture, sera ravi de les voir rassemblés pour une démonstration moins didactique que prétexte à montrer la vivacité d’une technique pérenne. Quant au plus jeune, avec sa manie de peindre à la basket, comme sur une piste de danse, il suit si bien leurs traces…

BTN

Du 25 novembre au 8 février au Château d’Assas – 11, rue de Barris, Le Vigan (30). Tél. 04 67 81 80 49.