29 juin :  Ouverture avec un spectacle en polonais, clôture avec un autre spectacle en polonais, On s’en va****, d’après Hanokh Levin, mise en scène Krystof Warlikowski, la première en France d’une création qui tourne pourtant depuis 2003 dans tous les pays. Le sous-titre indique comédie en huit enterrements ! Oui on rit, pas souvent, on sourit, souvent, devant ces personnages passablement ridicules, qui sont là comme dans un hall de gare ou d’aéroport, entrent et sortent par des portes vitrées, une bonne douzaine en fonds de scène.  Très importantes ces portes de sortie vers les obsèques. Huit des dix-sept personnages meurent, soit en buvant la soupe, soit de maladie, soit dans les toilettes, soit de vieillesse après plusieurs échecs, soit tout bêtement en faisant l’amour ! les autres prononcent une oraison funèbre pour le cher disparu. L’univers de Levin est sombre comme un désespoir sans fin, son humour noir foncé grinçant fait passer la pilule d’autant les comédiens jouent tous de façon remarquable, dans des registres différents.

30 juin, 19 h : Dans le studio Gabriel Monnet dont les 80 places ont été prises d’assaut, Stéphanie Marc joue Mon grand-père***, dirigée par Dag Jeanneret. Le texte de Valérie Mréjen est composé d’instantanés attrapés à l’existence. Des traces de vie, des souvenirs d’enfance. Le grand-père certes, un méchant homme facho, une mère trop sévère qui inculque une éducation castratrice à sa fille, la sœur préférée. Seul en scène Stéphanie Marc raconte ces menus détails d’un ton neutre, comme si elle lisait les pages jaunes, c’est très drôle. On se reconnait dans les phrases toutes faites débitées par la mère. C’est délicieux comme une première gorgée de bière ou l’arc-en-ciel après la pluie. En même temps c’est une critique terrible des petits Bourgeois et de leurs coutumes symboliquement représentées par la préparation d’une réception. Finement observé et transcrit.

Prochaines représentations de Mon grand-père : 6 au 27 juillet, Artéphile, Off Avignon et 8 et 9 décembre, Saisons de Lodévois-Larzac

 20 h 30 : Il suffit de traverser le hall du théâtre d’O pour assister à l’ultime spectacle, Ça ne se passe jamais comme prévu***, mis en scène par Tiago Rodriguez. Il s’agit d’un spectacle de fin d’étude, des étudiants de La Manufacture, Haute école des arts de la scène. Les seize jeunes artistes sont partis à Lisbonne en vue de travailler avec le fameux directeur du Teatro Nacional D, la Cerisaie de Tchékhov. Mais on ne verra qu’une ébauche, moins de deux minutes. On assistera, sur le principe des Exercices de styles de Queneau, à la lecture théâtralisée de dix-sept lettres d’adieu. Un coup de foudre dans un jardin public, la visite chez un libraire, les retrouvailles impossibles, les protagonistes ne retrouvent le jardin Principe Real. Chacun joue la lettre à sa façon et les dix-sept séquences passent comme une lettre à la poste. Charmant.

Fin

PS :  Ce fut un festival exceptionnel. Un niveau européen, comme l’ont souligné les journalistes nationaux, encore mieux qu’Avignon. S’ils le disent, on les croit avec joie.  Un mois jubilatoire, dans un parc de rêve. Jean Varela nous promet un Printemps 2019 de même niveau.  On lui dit merci ainsi qu’à l’équipe dont il s’est entouré, techniciens, administratifs, bénévoles, son libraire, sans oublier la nouvelle attachée de presse, très réactive.

MCH