Nous sommes quelques-uns dont Skimao, Clarbous, Nicolas Sanhes, André Pierre Arnal… à avoir connu le château de Taurines, aux fins fonds de l’Aveyron, à l’époque où se créait l’association désireuse de le réhabiliter. Les repas qui ponctuaient les vernissages s’avéraient gargantuesques. On sait recevoir dans les campagnes.

Aussi, c’est avec un brin de nostalgie que je distingue cette expo estivale, devenu régulière depuis bientôt 30 ans, sur le thème Festin. Ella a la particularité de sceller la collaboration entre les deux Frac, celui de l’ex LanguedocRoussillon et celui de l’ex Midi Pyrénées.

Le thème de la nourriture en art est en lui-même un genre très prisé, banquets à la Brueghel, repas christiques de noces à la Véronèse, gibier de fin de chasse à la Oudry…), ne serait-ce qu’à partir des Natures mortes telles que la pratiquent, encore aujourd’hui, par le biais de la photo, Jeanne Dunning et ses fruits en décomposition ou Pierre Mercier. Michel Journiac avait, jadis, invité à un cérémoniel afin de communier à partir de boudins confectionnés de son vrai sang. Quant à Michel Blazy, qui utilise les aliments en fonction de leur détérioration, leur moisissure, leur pourriture, il érige un mur de poils de carottes, des fontaines de jouvence, des récupérations de détritus, des spaghetti-méduses en sollicitant tous les sens.

Tous les supports, outre l’installation (Sabine Anne Deshais propose une table garnie, Myriam Mechita suspend des cerfs comme en boucherie, éphémère et performante chez Denise Bresciani qui se proclame désigner culinaire) sont sollicités : la sculpture (Olivier Breer et sa brioche, Thomas Grunfeld et ses flaques ambiguës au sol, Max Mohr et sa prothèse géante) la vidéo (Béa McMahon et ses poulpes sans fin), le film (Carsten Höller, Philippe Parreno ou Rirkrit Tiravanija, pour un hommage à Rosselini autour d’une table et d’un bon café sucré) et l’on comprendra que, outre le château en lui-même, qui a retrouvé sa vigueur d’antan, une telle expo ne peut que nous mettre en appétit, constituant le hors d’œuvre de toute ce que l’on espère de l’autre face, encore méconnue, de notre nouvelle région.

BTN

Jusqu’au 31 août.
Tél. 05 65 69 23 01.