« Avec ce que nous traversons, c’est le moment de réaffirmer notre ambition culturelle »


A l’occasion du coup de projecteur que nous mettons sur la Coopérative-Musée Cérès Franco, Carole Delga, la Présidente de la Région Occitanie nous accorde un entretien dans lequel elle évoque l’action de la Région envers ce lieu atypique mais où elle aborde aussi plus globalement la situation de la culture en cette période bien particulière et ce que seront les prochaines actions de la Région dans ce domaine. Entretien.

Quel a été le rôle de la Région dans la réalisation du projet de Coopérative-Musée Cérès Franco ?

La Région a joué un rôle moteur dans la mobilisation des acteurs pour que le fonds trouve un écrin à sa mesure et puisse rencontrer un large public, mais le projet de Coopérative – Musée est d’abord né de la générosité de Cérès Franco,  qui a fait don de sa collection de plus de 1 400 œuvres d’art, et d’Henri Foch, qui a donné le bâtiment. C’est un lieu atypique au cœur d’un territoire qui dispose d’un immense capital touristique et qui mérite d’être soutenu… car la culture n’appartient pas qu’aux métropoles !

Permettez-moi de rendre hommage à Dominique Polad-Hardouin, décédée prématurément cette année. La fille de Cérès Franco a œuvré activement à la préfiguration du projet, jusqu’à l’exposition « Les voleurs de feu », visible actuellement et dont elle a assuré le commissariat. Son époux Philippe Hardouin en a dignement repris le flambeau.

« La Coopérative–Musée Cérès Franco est un lieu atypique au cœur d’un territoire qui dispose d’un immense capital touristique et qui mérite d’être soutenu… » Carole Delga

Le musée est structuré en Groupement d’intérêt public depuis 2018. La Région a contribué à sa mise en place puis en est devenue membre. Au regard de l’ampleur et de l’originalité de cette collection qui a peu d’équivalent sur notre territoire, la Région a souhaité investir dans un lieu de qualité, en engageant des travaux qui garantissent des normes muséales optimales ainsi qu’un accueil du public adapté. 

Carcassonne Agglo, le Conseil départemental de l’Aude, la Ville de Montolieu et l’Association pour la valorisation de la collection Cérès Franco, tous membres du GIP,  sont des partenaires essentiels de ce projet. Nous souhaitons que l’État soit à nos côtés également et l’avons sollicité en ce sens.

De quelle manière la Région définit-elle son champ d’intervention en matière d’offre culturelle et artistique ?

Au plus près des territoires, comme toujours… Nous sommes extrêmement attentifs à la diversité culturelle et veillons à ce que chaque citoyen bénéficie d’une offre de qualité et de proximité. Aucun territoire ne doit être délaissé. 

Si la Région est au côté du public, elle est aussi au côté des acteurs culturels que nous soutenons de manière très active grâce à nos agences régionales Occitanie Livre et Lecture, Occitanie en Scène et Occitanie Films. Je souhaite que l’artiste puisse trouver en Occitanie le meilleur accompagnement possible, en termes de production ou de lieux de diffusion professionnels, car il joue un rôle crucial. La crise sanitaire l’a encore démontré : nous avions besoin de la culture et elle a su nous accompagner. En plein confinement, tout le monde l’a consommée via les outils numériques, en écoutant les artistes qui se produisaient dans leur salon, en regardant des expos virtuelles, en découvrant les initiatives créatrices spontanées de soutien aux soignants…

« Nous allons intégrer la culture dans le Green New Deal que nous lançons en juillet » Carole Delga

Pourtant ce secteur est lui-même fragile. La Région a mis en place des aides d’urgence pour les associations et a poursuivi son accompagnement des artistes pendant la crise, mais il faut aller plus loin. C’est le moment de réaffirmer notre ambition culturelle. Cet épisode inédit, qui nous a rappelé que la qualité de vie passait aussi par un accès libre à la culture, doit nous permettre de refonder notre action régionale pour mieux répondre aux besoins des habitants. Nous allons intégrer la culture dans le Green New Deal que nous lançons en juillet, pour qu’elle puisse être conciliée avec une grande vision écologique et sociale. Cette démarche, qui est une première en Europe pour une région, va s’appuyer sur les préconisations d’une convention citoyenne qui sera organisée en septembre.

Au cours de cette dernière décennie, on assiste à un mouvement croissant d’émancipation des collectivités territoriales par rapport aux tutelles de l’État en ce qui concerne la création de musées et d’autres équipements culturels. Comment expliquez-vous ce phénomène, et doit-on l’encourager ?

Ici, en Occitanie, l’État et la Région sont de véritables partenaires. Nous travaillons en bonne intelligence et cofinançons de beaux projets de territoire comme le musée d’art moderne de Céret ou le musée Soulages à Rodez. C’est parce que nous avons cette qualité de partenariat que nous allons pouvoir réévaluer ensemble nos politiques culturelles respectives, pour être encore plus complémentaires.

« Il faut que ce soit clair : là où il n’y a plus de culture, le repli sur soi devient une tentation, l’intolérance également » Carole Delga

Les autres collectivités, Départements, intercommunalités et communes, ont compris également l’intérêt d’investir dans la culture, premier secteur d’emploi, facteur du bien-vivre et vecteur d’attractivité touristique. Le rôle stratégique de la culture se vérifie à travers les grands équipements comme les musées, les centres d’art ou les Fonds régionaux d’art contemporain, points d’ancrage essentiels au rayonnement territorial, mais aussi avec les festivals qui attirent un large public et créent de la richesse en générant localement d’importantes retombées économiques. C’est vrai aussi des petites structures, essentielles pour irriguer l’ensemble du territoire : elles effectuent un travail de qualité avec des équipes réduites, raison pour laquelle la Région a choisi de les accompagner également.

Il faut que ce soit clair : là où il n’y a plus de culture, le repli sur soi devient une tentation, l’intolérance également. Or l’ouverture aux autres et au monde fait partie des valeurs de l’Occitanie, il est inscrit dans notre ADN. Nous allons travailler à des expérimentations pour rappeler ces valeurs essentielles et fondatrices de notre culture régionale.

Comment offrir aux musées de la Région des moyens suffisamment importants pour se développer et comment voyez-vous l’action de la Région pour y contribuer ?

Nous voulons aller plus loin, pour que les musées deviennent des pôles d’attractivité touristique à part entière, connectés à notre histoire et notre culture. Je pense par exemple au Musée de la Romanité à Nîmes et NarboVia dans l’Aude qui restituent de manière très moderne notre passé antique.

La Région mobilise des moyens importants pour améliorer et développer l’offre muséale. Notre soutien concerne l’architecture des bâtiments comme les contenus, y compris numériques. Nous intervenons aussi pour que nos moyens puissent faire levier auprès d’autres financeurs tels que l’État, dans le cadre du Contrat de Plan État Région (CPER), ou bien l’Europe à travers les programmes opérationnels.

« Nous voulons que les musées deviennent des pôles d’attractivité touristique à part entière, connectés à notre histoire et notre culture » Carole Delga

La Région est particulièrement attentive à ce que cette offre se diffuse à travers les territoires, notamment dans les villes moyennes, d’où la construction et la rénovation des musées, avec un soutien de 12 millions d’euros par an aux programmes structurants, avec l’enrichissement des collections, le cofinancement d’expositions…

Tous nos musées sont de nouveau ouverts, sauf ceux qui étaient en travaux. Les expositions temporaires ont été prolongées. Les protocoles sanitaires mis en place pour sécuriser les parcours doivent encourager les visiteurs à revenir au plus vite !

Les technologies du numérique permettent aujourd’hui d’accroître l’accès aux œuvres par un public plus large. Comment la Région s’implique-t-elle pour le faciliter ?

Nous accompagnons l’innovation et l’expérimentation grâce, entre autres, à des appels à projets. Le financement régional permet la prise de risque, souvent inhérente aux projets innovants, et contribue par là-même aux nouveaux usages et aux nouvelles technologies qui améliorent la médiation, la diffusion ou la création culturelle.

« J’envisage l’avenir de la filière culturelle de manière confiante et positive parce que nous avons une volonté collective d’agir… » Carole Delga

Par exemple, le projet « Raconte-moi une œuvre », porté par le FRAC Occitanie Montpellier avec le soutien de la Région, est un nouveau dispositif de médiation : les élèves sont invités à rédiger des textes littéraires à partir d’une œuvre  de la collection. Ces textes sont ensuite interprétés par des élèves du Master Arts du spectacle de l’Université Paul Valéry à Montpellier  et disponibles sur une plateforme audio.

Au-delà des appels à projets, nous consultons les  professionnels pour mieux connaître leurs besoins et pouvoir leur proposer des solutions dans le cadre d’un plan de relance. J’envisage l’avenir de la filière culturelle de manière confiante et positive parce que nous avons une volonté collective d’agir, nous pouvons compter sur de belles énergies et sur un socle déjà solidement construit.

Découvrez le Cahier de la Région sur la Collection Cérès Franco. 

La Région propose une nouvelle aide pour soutenir le secteur culturel

 

 Portrait officiel de Carole Delga 2018Afin de poursuivre une politique culturelle ambitieuse, essentielle à la suite de la crise sanitaire, les élus de la Commission permanente, réunis le vendredi 26 juin dernier, ont adopté la proposition de la présidente Carole Delga, de lancement du budget participatif « La culture en Occitanie, bien commun », misant sur la participation citoyenne pour construire ensemble le nouveau modèle de la politique culturelle régionale.

« La crise sanitaire a profondément fragilisé les acteurs culturels et l’accès à la découverte pour les habitants. La situation à laquelle nous faisons face actuellement rend d’autant plus nécessaire l’implication des collectivités et nous oblige aujourd’hui à repenser notre modèle culturel. Il est impérieux de faire de la culture en Occitanie notre bien commun. Ce budget participatif permettra aux citoyens et aux professionnels d’avoir les moyens de mettre en œuvre leur projet culturel et de permettre la rencontre avec de nouveaux publics. Notre objectif est à la fois de relancer le secteur culturel avec l’aide de la Région, mais également que ces contributions viennent nourrir notre projet culturel. » a déclaré la présidente de région Carole Delga.

Ce budget, d’une enveloppe totale de 600 000 €, s’adresse en priorité aux citoyens, individuellement ou en groupe, ainsi qu’aux structures culturelles.

Le projet pourra être réalisé de façon concrète dès 2021 après un vote des citoyens de la région.

Dans la continuité du développement et du soutien à la culture, ces propositions permettront d’imaginer de tout nouveaux dispositifs et de nouvelles méthodes de travail au sein du milieu culturel, en se basant sur les attentes des citoyens et des acteursdu secteur.

Ce budget vise donc à stimuler la créativité des citoyens et inciter au partage et à la transmission de la culture en Occitanie,notamment auprès des jeunes. Il permettra aux citoyens de devenir acteurs de la culture de demain en Occitanie, écoresponsable, accessible à tous et rayonnant dans tous les territoires.

Les projets proposés doivent répondre à de grandes ambitions fixées par le budget participatif :

  • Convivencia : le projet doit faciliter l’accès aux œuvres culturelles, faciliter aussi les échanges entre les personnes d’âges et de communautés différentes.
  • Verdissement de la culture : transmettre et diffuser des œuvres dans le respect de l’environnement.
  • Nouveaux publics et publics jeunes : permettre à des personnes n’ayant pas ou peu accès à des œuvres culturelles de les découvrir ; et arriver à intéresser un public jeune.

Crédit photo : Portrait de Carole Delga – -© Philippe Grollier.