Le chemin en question, c’est celui qui va de Bruxelles à St Jacques de Compostelle. Rien à voir avec l’actualité brûlante de ces derniers mois, mais sans doute a-t-on besoin de retrouver ses repères et le chemin sinon de la foi, du moins d’une certaine conception de l’humanité.

Six artistes bruxellois ont donc été conviés à donner leur vision du fameux pèlerinage vers Santiago, leur carnet de route donnant lieu à la fois à cette exposition d’été et à une publication. Ils sont dessinateurs, vidéastes, performers, photographes, passionnés d’architecture et, au-delà du chemin réel parcouru, c’est un voyage en euxmêmes que l’on attend de ces Crabeels, Clincks, Cole, Delrue, Nicolodi et Vansteenkiste, en peinture, vidéo, photo, sculpture et même architecture. Ces noms ne sont pas très connus dans notre région mais, du fait de l’origine de son fondateur, récemment disparu, le Lac nous a habitués à des plongées nordiques dans la Hollande ou la Flandre actuelle. Cela amène en général beaucoup de fraîcheur.

Christine Clincks, l’artiste du « walk » bien de circonstance, est surtout connue pour ses performances et vidéos, dont certaines rendent hommage à Kurt Schwitters, déconstruisent une peinture murale, ou imaginent une armoire traversant un musée, ses ré serves. Cette artiste a tendance à gommer ou masquer les visages ce qui est le cas de la vidéo maritime où les personnages sont floutés, comme pour s’amuser des vanités individuelles, et reporter le regard sur le paysage.

Stijn Cole propose deux triptyques qui semblent composés de pixels allant du plus clair vers le plus sombre. On se demande alors quelles images en sont l’origine. Et surtout la peinture y reprend ses droits. La technique est assimilée par l’acte gestuel du peintre. Renato Nicoladi choisit les références architecturales, sorte de maquettes massives, romanes, avec escaliers et arcades, un avatar du temple sacré ? Jonas Vansteenkiste s’exprime lui également par la sculpture mais sur bois, avec des portes et chambranles qui se combinent étrangement. Le surréalisme n’est pas loin mais avec des moyens formels et architecturaux. Cel Crabeels choisit un lieu neutre comme un immense parking désert, pour filmer des inconnus et leurs réactions face à la caméra.

Enfin Ronny Delrue a une préférence marquée pour le dessin, à partir de photos récupérées et laissées pour compte. Pour cette expo, il a réalisé des dessins au bic, relatifs à son voyage de pèlerin, et aussi une installation de bocaux sur une table. Comme on le voit tous ses artistes ont maille à partir avec l’image, les conventions, les formes traditionnelles. Au demeurant, on peut toujours retrouver l’âme de Piet Moget, à l’étage, avec ses tableaux empreints de sérénité et d’équilibre, et aussi sa collection, éclectique et en perpétuelle adaptation aux évolutions de l’art de ces dernières décennies. Geer Van velde, Balthus, Lhote, Mary Schallenberg (Mme Moget), ou encore Judd, Serrano, Sauze… 25 ans que le LAC (l’unique à pouvoir revendiquer cette appellation) invite de grands artistes ou des œuvres en devenir.

La Belgique est à l’honneur, elle nous le rend bien en traversant notre territoire pour une expérience que l’on espère innovante. Quel aspect du voyage aura-t-on retenu ? Comment chaque artiste va-t-il s’abandonner au sujet proposé sans renier ses aspirations singulières ? Comment enfin est occupé l’espace du Lac pour suggérer ce carnet de voyage ? Telles sont les questions qui font que cette exposition aiguise la curiosité.

BTN

Jusqu’au 18 septembre
1, rue de la Berre, Hameau du Lac.
Tél. 04 68 48 83 62.