Odette libre

Après le succès de Mister Paul, le second portrait de la série Les Limouxins, Odette Libre, était particulièrement attendu. Qui était cette femme, cette Odette, que Jean-Marie Besset avait décidé de présenter ? Une jeune fille insouciante et belle   dans les années 30 qui avait tous les jeunes de Canet à ses pieds et passant d’une catastrophe amoureuse à une autre. Un premier mari joueur, un autre violent, un troisième pseudo-résistant collabo, participant activement à l’épuration pour tenter de « laver » son honneur.

Pour écrire sa nouvelle pièce, l’auteur s’est là encore appuyé sur des témoignages et des archives, celles des années noires de l’Occupation jusqu’à la Libération. Il éclaire sur l’Histoire, telle qu’elle a été vécue par les habitants de Limoux et de Carcassonne. Il fallait oser remuer des souvenirs violents, cruels qui ont déchiré des familles. 

La pièce commence comme une comédie intimiste pour devenir plus dramatique tandis que murit Odette. Jean-Marie Besset a troussé de son écriture limpide, directe, le portrait plein de tendresse et de pudeur de cette femme qu’il a connue et aimée, sa grand’mère. Fernanda Barth joue Odette, elle est vraie et sincère, fort bien dirigée par Régis de Martrin-Donos, dans cette lecture-spectacle mise en lumière par Christian Pinaud. On attend  avec  impatience  en 2021 le  troisième portrait. 

Marie des poules

Dernière pièce au programme de Nava, Marie des poules de Gérard Savoisien faisait gradins combles, auréolée de ses deux Molières : meilleur spectacle et meilleure comédienne du théâtre privé.

La vie de la Berrichonne Marie Caillaud n’aurait intéressé personne si elle n’avait été la domestique, puis la gouvernante de George Sand à Nohant. La romancière remarque cette gamine de 11 ans chargée du poulailler, lui apprend à lire, lui fait jouer la comédie devant un parterre de célébrités, Delacroix, Théophile Gautier … la traite d’égale à égale, jusqu’au jour où elle découvre sa liaison avec Maurice, son fils.

A la demande de Béatrice Agenin, Berrichonne, Gérard Savoisien se penche sur la vie de Sand à la recherche d’une idée. Il trouve ainsi la trame de la pièce taillée sur mesure pour la comédienne. En effet l’ancienne sociétaire de la Comédie Française connaît son patois par cœur, elle est irrésistible en servante candide analphabète, en élève douée de Sand, en amoureuse passionnée et bafouée de Maurice. Un simple accessoire, la voilà incarnant les deux femmes féministes avant l’heure.  Elle est formidable.

En séducteur veule, Arnaud Denis joue sa partition à la perfection, merveilleusement détestable.  L’action se déroule dans un décor de Catherine Bluwal. Au milieu, Nohant, la demeure réduite, à l’état de maison de poupée, abrite les marionnettes créées par Julien Sommier. Les comédiens manipulent les figurines comme le faisaient autrefois les hôtes de Sand. Du théâtre dans le théâtre. 

On ne pouvait rêver plus belle fin pour Nava, un festival intelligent, généreux, chaleureux. Un très grand cru sauvé du Covid. A l’année  prochaine.

MCH

Plus d’informations : festival-nava.com

Crédit photo : Blithe Williams