Comme chaque été, ce château viticole très prisé se fait lieu d’art non sans grande réussite, citons pour mémoire, Desgrandchamps, Marlène Mocquet, les Bioulès, ou beaucoup plus antérieurement Saura, Shirley Jaffé, l’Equipo Chronica.

Cette année la proposition estivale prend une tournure à la fois judicieuse et circonstanciée, puisque Chantal Raguet a tenu compte du statut d’ancienne magnanerie du domaine, et par ailleurs de l’engouement littoral pour les peintres du fauvisme, attirés par la côte vermeille. Ainsi Chantal Raguet a-t-elle axé son exposition sur les vrais fauves, ceux que l’on dresse, ou dompte avant, dans le pire des cas, les transformer en descente de lit. D’où le thème de la cage, avec un impressionnant jeu d’ombres à partir d’un lustre en cristal, du ballet de jambes dans un cirque, d’une mosaïque enfin rappelant le damier des terroirs associés au site. L’intervention est donc spectaculaire, à l’instar de l’univers du cirque sollicité, avec ses nombreuses images de dompteurs ou de bêtes fauves.

Des wagons peints rappellent les attractions foraines et diverses productions, inventives et audacieuses, ressuscitent la culture du vers à soie, dont la mythique route semble inversée. A propos de mythe, l’art du cirque a son répondant dans notre culture gréco-latine, et dans l’éternelle propension de l’homme à s’assurer le pouvoir sur la nature, tout en se rendant esclave du divertissement aux dépens de celle-ci. Mais non sans courage ni goût pour l’apparat, les vêtements le prouvent.

L’expo s’avère autant malicieuse que sérieuse, à laquelle nous sommes conviés. Fournie en objets précieux et clinquants (pensons à ses balais de plumes naturelles, aux couleurs pures et donc fauve), tout pour les yeux et le confort, souvent dérisoirement inutiles, au prix des sacrifices qu’ils supposent. Mais l’homme est si fier de son intelligence supposée et de son aplomb qui fait sa force…

BTN

Jusqu’au 15 septembre à Cases-de-Pène.
Tél. 04 68 38 90 10. www.chateaudejau.com