Du 7 mars au 22 avril, l’artiste Aline Jansen investit l’Espace d’art contemporain de Bédarieux avec une exposition intitulée Fictions poétiques. En choisissant ce titre, Aline Jansen prévient que chacun est invité à amorcer une histoire à partir des signes que l’artiste soumet au regard, une histoire subjective, sujette à interprétation personnelle : on peut s’approprier ainsi virtuellement ses tableaux.

Elle recourt à l’image, mais jamais nette et le plus souvent incomplète, parfois associée à une autre, ce qui la conduit dès lors dans les parages d’une poésie quelque peu exigeante, plus allusive et suggestive que directive et univoque. À l’Espace d’Art Contemporain de Bédarieux, cinq types de travaux seront proposés, dans un souci de diversifier les supports, lesquels correspondent aux différentes étapes d’un parcours. On aura donc affaire successivement à des photos en numérique sur dibond ; à des tableaux avec effets de matière picturale incluant des fragments d’images empruntées au réel, et combinées autrement ; à des réalisations géantes sur support de mousse synthétique, contrecollées sur moustiquaires et positionnés à la verticale, translucides de surcroît ; à des stores longitudinaux, d’une longueur démesurée qui peuvent quitter le mur et s’imposer dans l’espace ; enfin plus récemment, à des sculptures dépourvues d’images numériques, sorte d’éléments échappés du tableau et expérimentant la 3D (en bois flotté ou polystyrène toilé).

Il suffit de regarder de près ses tableaux pour se rendre compte que l’artiste jongle avec la trilogie Espace urbain dominant / Présence de l’humain, discret (sous forme de silhouettes dessinées et anonymes) / Végétation, enfin, qui vient revendiquer sa place, et prouve qu’Aline Jansen n’est pas insensible aux problèmes écologiques dont chacun a conscience aujourd’hui. L’arbre en particulier, et notamment le très graphique tamaris, occupe une place de prédilection. Par ailleurs, à part dans les œuvres recourants à la digigraphie, l’artiste alterne, sur le support, des effets de matière plutôt abstraits, en recourant au mortier, au brou de noix, au fusain, à l’encre et à d’autres truchements qui relèvent de sa recherche empirique loin des boutiques d’art et qui conservent leur secret. Dans les photographies, c’est l’association d’idées ou d’images qui frappe l’attention et qui crée des décalages, des déplacements et rapprochements inédits, des chocs visuels, des surprises relatives aux inversions de valeur logique (le lourd qui devient flottant à l’instar d’une météorite). Elle obtient ainsi des sortes de raccourcis spatiaux, et même temporels, quand deux lieux sont associés.

On retrouve de ces images numériques incluses dans les toiles, de même qu’auparavant les photos avaient pu être rehaussées de peinture. Qui regardera de plus près reconnaîtra des paysages, visités par l’artiste, et revendiquant l’universalité, pas seulement touristique : New-York et ses buildings, San Francisco et ses ponts, la Floride et ses charmes, Paris et ses monuments, la Méditerranée et ses ports (leurs voiles et leurs mâts), la Bretagne et ses tourments… Ces clichés sont ainsi détournés et recomposés, on peut même dire repeints aux couleurs de l’artiste et surtout, ils prennent corps sous nos yeux grâce à l’apport des matériaux utilisés sur la surface, ou comme supports. Plus généralement, la peinture d’Aline Jansen, ses volumes et ses mousses, donnent de la chair à l’image, et réorganisent, recomposent le réel.

BTN

Plus d’informations : bedarieux.fr