Barthélémy Toguo au Carré Sainte-Anne à Montpellier

Le déluge, par son aspect biblique, relève de l’universel, même si en l’occurrence, c’est l’artiste camerounais Barthélémy Toguo qui s’est emparé du sujet. L’église Ste-Anne se prête admirablement à cette référence quelque peu allégorique des divers naufrages de notre temps. Avec l’omniprésence de la mort, contre laquelle l’humanité se bat mais qui finit par triompher, avec l’aide paradoxale et suicidaire de l’humanité même.

Dans l’ancienne église, Toguo a ainsi aligné des cercueils simples et anonymes, et qui se prêtent, vu le contexte actuel, à des interprétations multiples. Ils dénoncent une certaine impuissance générale, à part constater les faits de l’espèce face aux drames qui ne cessent de se répéter. L’artiste transfigure ces objets empruntés au réel, de les intégrer dans un acte artistique, leur attribuant une longévité plus stable que celle des soubresauts médiatiques, d’autant que l’émotion est profonde, pérenne, à l’instar du déluge.

Le long des murs, douze encres marouflées sur toile, illustrent ce thème symbolique, dans la sobriété (quelques couleurs suffisent) mais aussi la fluidité. Thème aquatique oblige. On note l’omniprésence de lignes régulières et transparentes stylisant les vagues. Le thème de l’eau est omniprésent, assorti de souffrance, mais inversement aussi d’espoir. Le nombre des toiles renvoie au chemin de croix ou aux disciples, encadrant la grande œuvre du chœur, sur les animaux sauvés des eaux, et celle de l’entrée, de mains qui s’agrippent. Petit à petit les œuvres se font plus végétales, suggérant la renaissance et l’éternel renouveau espéré.

L’artiste devient ainsi un nouveau Noé qui, à sa petite échelle, dans son microcosme ouvert sur le monde, apporte sa contribution au salut encore possible de l’humain. Des pots de fleurs ruisselant de verdure sont accrochés aux colonnes comme pour grimper vers le ciel ou au contraire redescendre vers les hommes en mal de résurrection. Que du fait de son prénom d’apôtre, Barthélémy Toguo soit croyant ou pas importe peu. Sa foi est d’une autre nature, et s’accorde bien au lieu qui l’accueille, en désaffection religieuse, mais sublimée voire transcendée par l’art. Encore une fois le Carré Ste-Anne associe la pertinence du contexte dramatique à la cohérence d’une action vouée à un lieu spécifique.

BTN

Jusqu’au 6 novembre
2, rue Philippy. Tél. 04 67 60 82 11.

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