Des Âmes mortes de Gogol aux Damnés de Visconti avec la Comédie Française en passant par Les frères Karamazov de Dostoïevski, le Festival d’Avignon invite les classiques et programme 36 créations et 13 premières en France.

51 spectacles, 36 créations, 13 premières en France, 2 expositions et 45 lieux : malgré le raccourcissement de trois jours et le resserrement des budgets, la 70ème édition du festival d’Avignon dirigé par Olivier Py s’annonce faste.

Le festival fait contre mauvaise fortune bonne figure et manifeste son désir d’art indisciplinaire par le choix d’une affiche montrant un cheval qui rue des quatre fers. Le désenchantement n’est donc pas à l’ordre du jour et c’est plutôt le slogan d’un festival toujours débout, du haut de ses 70 piges, qui fait la nique à la morosité. Sans compter que l’accord récent sur le statut des intermittents éloigne pour la première fois depuis quelques années la crainte d’un festival perturbé par des mouvements revendicatifs.

S’inspirant de grands chefs d’oeuvres littéraires, Avignon va revisiter les classiques, des Âmes mortes de Gogol (20 au 23 juillet) aux Frères Karamazov (11 au 22) de Dostoïevski, en passant par Les Damnés, (6 au 16) d’après le scénario du film de Luchino Visconti, qui sera joué par la Comédie Française dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes. Un événement à double titre puisque la troupe entre ainsi pour la première fois au festival, et cela dans son lieu le plus emblématique. Le but avoué du metteur en scène Ivo van Hove, à travers cette histoire qui raconte la montée du national socialisme en Allemagne et la corruption des grandes familles bourgeoises et des élites financières, est avant tout d’essayer de comprendre ce qu’il se passe de nos jours, interrogeant la montée des populismes et des nationalismes dans nos sociétés actuelles.

Plusieurs pièces abordent d’ailleurs le retour des vieux démons sur la scène politique européenne, à l’image du Polonais Krystian Lupa qui présente une pièce de l’Autrichien Thomas Bernhard, Place des héros (18 au 24), conçue pour les 50 ans de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne. Une oeuvre qui avait fait scandale à l’époque puisqu’il y était dit qu’il y avait à ce moment-là plus de nazis à Vienne qu’en 1938. Quant au Russe Kirill Serebrennikov, il monte les Âmes mortes de Gogol (20- 23 juillet), critique de la médiocrité humaine, laissé inachevé par l’écrivain décédé en 1852.

La cours du Palais des Papes

La cours du Palais des Papes

Un spectacle gratuit tous les jours

Reconduisant l’expérience, couronnée de succès, du feuilleton gratuit lancée l’an dernier avec « La République de Platon », la jeune compagnie de Thomas Jolly, « La Piccola Familia », à laquelle on doit un mémorable Henri VI de 18 heures il y a deux ans à la Fabrica, plongera dans l’histoire du Festival depuis ses origines, avec un feuilleton donné tous les jours à midi dans le jardin Ceccano, Le ciel, la nuit, la pierre glorieuse (6 au 23).

Olivier Py a tenu par ailleurs à rouvrir tous les grands lieux du festival pour la 70e édition, dont la Carrière de Boulbon, fermée l’an dernier par mesure d’économie, et qui accueille cet été le Karamazov (11 au 22) mis en scène par le jeune directeur du théâtre de Saint-Denis Jean Bellorini.

On retrouve avec plaisir à l’affiche d’Avignon le jeune metteur en scène Julien Gosselin qui avait marqué le festival 2013 avec l’adaptation des Particules élémentaires de Michel Houellebecq. Puisqu’il est dit qu’il n’y a pas de festival sans marathon théâtral, Gosselin monte un spectacle de 12 heures, 2666 (8 au 16), le roman monde de 1350 pages du Chilien Roberto Bolano.

Autres découvertes de cette édition, beaucoup de collectifs, comme les Grecs du Blitztheatregroup, 6 A M. How to disapear completely (7 au 10) ou les Belges du FC Bergman, qui montent un spectacle monumental autour de l’accrochage dans un musée d’une crucifixion de Rubens, Het Land Nod (13 au 23 au Parc des expositions).

Après un focus argentin l’an dernier, Avignon présente un focus Moyen-Orient (deux pièces de Beyrouth, une de Damas, une de Téhéran), dont Le Dernier Jour d’Yitzhak Rabin de l‘Israélien Amos Gitai qui donne à Avignon une version théâtre du film éponyme, avec Hanna Schygulla (date unique le 10 juillet dans la Cour d’honneur).

A noter aussi le retour de L’Espagnole radicale Angelica Liddell, à qui l’on donnerait le diable sans confession, qui revient au festival avec l’histoire d’un célèbre cannibale japonais, Que haré con esta espada ? qui promet quelques coups de sang habituels au festival. Avignon reste Avignon.

A l’autre extrême, on note dans la programmation une forte programmation jeunesse et tout public, et toute une profusion de rencontres pour provoquer l’échange et la réflexion entre public et artistes. Avignon reste Avignon.

Luis Armengol

Du 6 au 24 juillet. www.festival-avignon.com